2018 - Représentations et symbolique de la guerre et de la paix dans le monde arabe

Représentations et  symboli quede la guerre et de la paixdans le monde arabe
Al-taṣawwur wa-l-ramz  li-l-ḥarb wa-l-silmfī- l-‘ālam al-‘arabī
التصور والرمز للحرب والسلم في العالم العربي

 

15-17 mars 2018
Université Grenoble Alpes
Saint Martin d'Hères

 

Ce colloque interdisciplinaire et inter-époques vise à étudier les notions de guerre (ḥarb) et de paix (silm) dans leurs usages et les représentations qu’on s’en fait au sein du monde arabe, ainsi que la réception en Europe et en Occident de ces notions.

Si l’on admet que les sciences humaines (études linguistiques et littéraires) et sociales (histoire, sociologie, politologie) peuvent se rejoindre dans la mesure où les productions langagières comme les œuvres de fiction rendent parfois compte, sciemment ou non, du réel, les travaux supposés objectifs constitueraient le reflet des représentations que leurs auteurs se font du monde social.

Partant de ce constat, des linguistes, des littéraires, des historiens, des sociologues, des  politistes, ainsi que des spécialistes de l’information et de la communication,  mettent en commun leurs questionnements concernant les représentations et les pratiques de la guerre (ḥarb) et de la paix (silm), les conflits intérieurs et extérieurs ainsi que de l’ordre établi au sein des sociétés dans le monde arabe et la relation non conflictuelle, pacifique, entre les entités politiques.

En analysant la façon dont les œuvres d’histoire, de langue et de littérature écrites et orales, anciennes et récentes, les productions des médias (journaux, essais, télés…) et celles des acteurs sociaux contemporains (réseaux sociaux, publications sur Internet…) rendent compte de la guerre et de la paix, on interrogera les représentations que l’on s’est fait/se fait ou qu’on a voulu transmettre de ces états du monde arabe.

1. Des usages linguistiques aux modes de pensée

 

Dans cet axe, on étudiera les usages linguistiques et socio-culturels des termes de guerre (ḥarb) et de paix (silm) dans les productions écrites et orales (réseaux sociaux et chaînes satellitaires, notamment d’informations), mais également celles à diffusion classique (textes, discours écrits, presse, etc.).

Ces productions, spontanées, réfléchies, ou figées,  par-delà la provenance sociale de leurs locuteurs, donnent l’opportunité d’explorer des modes de pensée liés à la sémio-sémantique des termes ḥarb et silm. Quelle est la valeur de ces termes et de leurs différentes acceptions ? Quel est le regard porté à la guerre : préjudiciable ou au contraire bénéfique ? Quelle importance accorde-t-on à la paix ? Quel est réellement leur rôle dans ces usages divers et variés ?

Afin de vérifier si les usages de ces mots donnent ou non un poids symbolique supplémentaire aux assertions avancées, quelle serait dans ce cas de l’emploi et du remploi explicite du lexique ancien, relevant du « sacré » ou pas ?

1.1 Expressions populaires et parémiologie

 

La littérature populaire (dans ses deux versants : la littérature narrative et les proverbes) participe des corpus narratifs de l’histoire (Sīra nabawiyya, Sīrat Baybars, Sīra hilāliyya) et donne l’occasion d’analyser la diversité sociale et culturelle, les phénomènes de contact et de conflit intergroupes, le regard porté sur l’Autre ainsi que l’idéologie des contemporains.

Au-delà des chroniques historiques, la poésie enchâssée dans les textes en prose, ainsi dans la Sīrat Baybars ou dans des textes d’historiens arabes médiévaux, devient comme  « un tambour qui annonce la guerre ».

Constituant un patrimoine et une mémoire et supposée refléter la sagesse d’un peuple, la parémiologie, ou l’étude des proverbes, rend, elle aussi, compte d’une vision du monde. Comment un monde pacifié y est-il présenté ? Y est-il davantage question de guerre ou de paix ? La paix est-elle une valeur positive et la guerre négative ou bien c’est l’inverse ?

Ces productions anciennes ou modernes seront constituées en corpus donnant l’opportunité d’analyser différentes représentations de la guerre et de la paix dans différents contextes sociaux.

1.2 Créations linguistiques grâce à des résurgences, actualisations et réemplois du lexique archaïque

Les évènements qui secouent le monde arabe depuis plus d’une décennie voient resurgir des mots et formules archaïques, coraniques ou issus de la Tradition.

Comment les acteurs sociaux utilisent-ils cet héritage linguistique pour ressusciter ou créer un lexique moderne ? Par exemple, comment justifie-t-on une posture guerrière par une référence à la Sunna, à un hadith ? Nous projetons d’étudier cette dynamique linguistique qui fait montre d’une créativité lexicale se situant globalement entre archaïsme et contemporanéité.

1.3 Idéologies et formatages ou l’étude du discours des médias 

On privilégiera l’analyse des formes rhétoriques et argumentatives. Par quel biais un événement est-il présenté ? Par quels procédés et méthodes ? Quels choix éditoriaux président à la présentation des faits et des analyses ?

Les discours sur différents supports (images fixes et animées, journaux télévisés, presse écrite) seront décryptés afin de repérer quelles représentations de la guerre et de la paix les médias véhiculent.

On s’interrogera aussi sur la réception de ces discours (adhésion, critique ou rejet) par les acteurs sociaux.

2. Désignation, assignation et symbolique

2.1 De l’anthroponymie comme marqueur

 

Il sera question ici d’étudier comment l’anthroponymie est un marqueur de guerre ou de paix. La littérature populaire nous en offre de bons témoins. Lorsqu’il s’agit de glorifier les défenseurs du Dār al-islām dans le Roman de Baybars (œuvre relevant de la littérature de jihad), l’anthroponymie fait l’éloge de la guerre : Sultan al-ḥuṣūn (Sultan des forteresses) ; Sayfuddīn (épée de la religion) ‘Arnūs (espèce de rapace), chevalier redoutable ; Siyāj al-‘aḏārā (rempart des pucelles) et Rāḥāt al-ḥarb (terrains de guerre). À l’inverse, la désignation de l’ennemi est également formulée par une anthroponymie ayant trait à la guerre : Ṣalbūn ; Ibn Ḫanājir (petite croix ; fils de sabres), Ḥarb (guerre).

Les groupuscules islamistes contemporains font usage de la même stratégie pour donner une légitimité à leur idéologie et défendre leur cause. Comment analyser la résurgence d’une anthroponymie et d’une toponymie anciennes (al-Baghdādī, Nuṣra ; al-Qāhira), d’une calligraphie et de symboles visuels anciens (bannière de Daesh) ?

 

2.2 Les symboles de la guerre et de la paix.

 

On s’intéressera ici aux différents symboles du monde de la guerre et de la paix et on analysera leur évolution à travers l’histoire :

  • objets,
  • lieux, ils sont nombreux (sites de batailles, lieu de naissance d’un chef de guerre illustre…) à symboliser la guerre et la paix dans le monde arabe ;
  • événements anciens réactualisés comme
  • animaux (ainsi le lion occupe une place centrale, comme le cheval arabe) ;

- personnages historiques : les chefs de guerre des débuts de l’Islam comme  Saladin ont été le symbole du combat dans les pays arabes, jusqu’à Ḥāfiẓ al-Assad et Saddam Hussein.

 

3. Guerre et paix : deux notions antagonistes ?

 

Du Moyen-Age à l’époque moderne, une prétendue vision arabo-islamique unique du monde a trop souvent été présentée comme caractérisée par une bipolarisation figée opposant le Dār al-Islām au Dār al-ḥarb. Les recherches récentes ont montré que cette bipolarisation, mise en avant par des hommes de religion, n’était pas vécue comme telle par les acteurs sociaux, lesquels étaient en interaction permanente avec leurs voisins. Les savants religieux eux-mêmes firent évoluer les typologies communes. Par exemple, dans son épitre al-Masā’il al-māridīniyya, Ibn Taymiyya (m. 1328), considère la ville de Mardin, située en territoire ilkhanide, comme relevant d’un statut « composite » (murakkab). On pourrait penser que cette vision bipolaire n’a plus aucun sens à l’époque contemporaine, mais on constate qu’elle est réactualisée et instrumentalisée par les factions qui prônent le jihad contre l’Occident Peut-on expliquer cette récurrence par l’appropriation de certains symboles auxquels on attribue alors une dimension religieuse ?  

 

Ce colloque se tiendra à Grenoble les 15, 16, 17 mars 2018 à l'université Grenoble Alpes à Saint Martin d'Hères.

Les propositions de communications (écrites dans les langues du colloque, soit le français, l’anglais et l’arabe), accompagnées d’un résumé de 20 lignes maximum et d’une bibliographie, seront envoyées avant le 15 novembre 2017 à <colloqueGuerre&Paix@gmail.com>.

Le Comité scientifique examinera ces propositions et donnera ses réponses fin décembre 2017.