Colloque Antonio Ortuño

Du
Mercredi, 15. mai 2019 - 0:00 - Vendredi, 17. mai 2019 - 0:00
Salle St Charles 2 Kouros

 

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Mercredi 15 mai 2019 :

 Toulouse: Librairie Les ombres blanches  : Rencontre avec l’écrivain Antonio Ortuño

animée par Davy Desmas et Véronique Pitois Pallares

Jeudi 16 et vendredi 17 mai 2019 :

Montpellier: Colloque Antonio Ortuño "  Archives et contre-archives du temps présent " en présence de l’écrivain
À la fois romancier, nouvelliste et essayiste, Antonio Ortuño (Zapopan, 1976) fait
indéniablement partie des voix qui comptent, au sein du foisonnement de la littérature
mexicaine contemporaine. Auteur d’une oeuvre confirmée, il a publié à ce jour huit
romans (El buscador de cabezas - 2006 -, Recursos humanos - 2007 -, Ánima - 2011 -, La
fila india - 2013 -, Méjico - 2015 -), dont trois dans des collections de littérature
jeunesse (El rastro - 2016 -, Blackboy, publié en 2015 sous le pseudonyme « A. del Val »,
El ojo de vidrio – 2018 -), quatre recueils de nouvelles (El jardín japonés - 2006 -, La
Señora Rojo - 2010 -, Agua corriente - 2015 -, La vaga ambición - 2017 -) et intervient
régulièrement dans la presse internationale (La Vanguardia, Lateral, Clarín, Prodavinci,
Librújula, Más por más, La Tempestad, Letras Libres, Etiqueta Negra, La Tercera,
Milenio, Proceso, etc). Maintes fois récompensé, on notera que les distinctions qui lui
ont été décernées attestent d’une maîtrise égale dans les différents genres littéraires
auxquels il s’adonne, qu’il s’agisse du Prix de Narrativa Breve Ribera del Duero en 2017
et du Prix Bellas Artes de Cuento Hispanoamericano Nellie Campobello en 2018 pour son
recueil de nouvelles La vaga ambición, de sa présence dans la sélection finale du Prix
Herralde pour son roman Recursos humanos, en 2007, ou encore du Prix de littérature
jeunesse de la Fondation Cuatrogatos, de Miami, pour son roman El rastro. De même, il
est le seul auteur mexicain présent, en 2011, dans la prestigieuse liste des meilleurs
écrivains en langue espagnole établie par la revue Granta.
Si son nom est fréquemment associé à la « Generación Inexistente », une
appellation utilisée par la critique pour regrouper plusieurs écrivains mexicains nés dans
les années 1970, à l’instar de Heriberto Yépez, Alberto Chimal, Guadalupe Nettel, Yuri
Herrera ou Emiliano Monge, Antonio Ortuño rejette cette étiquette et revendique plutôt
une filiation qu’il définit comme celle des « satíricos sociales, si tal cosa existe. Piens[a]
en una línea imposible con Brecht, Amis, Céline, Waugh. Y sería la de Ibargüengoitia; el
humor negro social » (Antonio Ortuño, 2018). L’humour noir et, de manière plus
générale, une propension certaine à l’irrévérence caractérisent effectivement son
oeuvre, à la manière d’un fil conducteur qui conduirait à voir en cet ensemble
hétérogène de romans, nouvelles et chroniques une radiographie de la société mexicaine
contemporaine. Les notions d’archives et d’archéologie nous semblent à même de
mettre en lumière les spécificités de la démarche ortunienne, fondée sur une volonté
méticuleuse d’exhumer des vérités et de formuler des constats sur le Mexique
contemporain qui, à défaut d’être faciles à entendre, notamment pour un lecteur
mexicain, n’en sont pas moins salutaires. Nous envisageons l’archive et l’archéologie à
partir des définitions qu’en a données Michel Foucault, pour qui elles ne sauraient
correspondre à une sorte d’entreprise de fouille consistant à « gratter la terre pour
retrouver quelque chose comme des ossements du passé, un monument aux morts, des
ruines inertes auxquelles il faudrait péniblement et par les moyens du bord redonner vie
et date » (Michel Foucault, 1969). Au contraire, la démarche archéologique se donnerait
pour objectif de « rendre visible ce qui précisément est visible, c’est-à-dire de faire
apparaître ce qui est si proche, ce qui est si immédiat, ce qui est si intimement lié à
nous-mêmes qu’à cause de cela nous ne le percevons pas », afin de saisir « cet invisible
du trop visible, cet éloignement de ce qui est trop voisin, cette familiarité
inconnue » (Foucault, 1968). En sondant le temps présent, dans un champ qui est, à
quelques exceptions près (dans Méjico, par exemple), mexicain, Ortuño actualise la
démarche archéologique et réaffirme l’importance de la contemporanéité comme
source première d’interrogation, coïncidant en cela avec l’archéologue Laurent Julien,
qui écrit, dans Le sombre abîme du temps : « Notre temps, le temps de l’histoire, c’est
désormais ici et maintenant ; autrement dit le présent : le lieu fondamental de
l’archéologie » (Laurent Julien, 2008).
Les pistes que nous souhaiterions explorer durant ce colloque pourraient ainsi
amener à considérer que, ce faisant, Ortuño envisage le texte comme contre-archive,
c’est-à-dire comme production entrant en contradiction avec l’archive « consacrée »,
qui, dans son renvoi au pouvoir et à l’autorité, rassemble les énoncés relevant d’un
même positionnement, inséparables d’une mémoire et d’institutions qui leur confèrent
leur autorité. L’auteur estime ainsi que « la literatura sirve para cuestionar el lenguaje
del poder que se acoraza todos los días para pasar como verdad
incuestionable » (Ortuño, 2014). Interroger cette « vérité » que l’on ne questionne
généralement pas consistera notamment pour Ortuño à démonter les discours officiels
ou à remettre en question certaines représentations traditionnelles, par exemple dans
La fila india ou Méjico. Comme l’écrivait Foucault dans L’archéologie du savoir, « le
seuil d’existence [de l’archive] est instauré par la coupure qui nous sépare de ce que
nous ne pouvons plus dire, et de ce qui tombe hors de notre pratique
discursive » (Foucault, 1969). Dans le cas des deux romans mentionnés, l’« indicible »
que l’auteur choisit d’exprimer est lié au traitement qui est réservé à l’Autre, lorsqu’il
surgit sur le territoire mexicain. Chacun des deux textes met ainsi en lumière le racisme
qui régit les relations entretenues par une frange de la population mexicaine avec les
cohortes de migrants qui traversent le pays ou s’y sont présentés par le passé, sans pour
autant épargner l’institution elle-même, qui est directement accusée des sévices subis
par les migrants. De même, le questionnement sur les rapports humains, dans le cadre
de la contemporanéité mexicaine, peut s’incarner dans une exploration des jeux de
pouvoir qui surgissent dans un cadre professionnel (Recursos humanos, Ánima), ou bien
encore dans la représentation sans complaisance du milieu littéraire (La vaga ambición)
et journalistique (El buscador de cabezas). Ce dernier roman, sous la forme d’une fable
politique, rappelle par ailleurs, comme le fera plus tard La fila india, que, pour
reprendre les mots de Bertrand Müller, « l’impératif d’archive n’est pas seulement celui
des victimes et des exclus pour lesquels s’impose un devoir d’archive, il l’est aussi celui
de consigner, par la parole, le geste et les mécanismes de l’oppression, de la terreur et
de l’anéantissement. C’est un horizon pour l’instant indépassable de notre
présent » (Bertrand Müller, 2011).
Quels sont, dès lors, les objectifs poursuivis par l’auteur, nouveau mémorialiste
de son temps (Müller, 2011) ? Donner libre cours à la rage et au désespoir que suscite la
réalité mexicaine contemporaine ? Sonder le Mexique et ses habitants, via une démarche
qui s’écarterait alors du rejet qu’avaient pu manifester les écrivains du Crack à l’égard
de toute exploration de l’« essence » mexicaine ? Ou bien, comme l’écrivait Foucault à
propos de l’archéologie, élaborer « une machine critique, une machine qui remet en
question certaines relations de pouvoir, une machine qui a, ou du moins devrait avoir,
une fonction libératrice, […] non pas dans la mesure où elle transcrit ou fournit le
modèle de ce qui s’est passé, mais dans la mesure où elle réussit à donner de ce qui
s’est passé un modèle tel qu’il permet que nous nous libérions de ce qui s’est
passé » (Foucault, 1969) ?

Version Espagnol

Antonio Ortuño: archivos y contra-archivos del tiempo presente
Coloquio en presencia del escritor

Universidades Paul-Valéry Montpellier 3, Toulouse Jean Jaurès y Champollion (Albi)
Organizadores : Davy Desmas (Universidad Toulouse Jean Jaurès / INU Champollion)
Véronique Pitois Pallares (Université Paul-Valéry Montpellier 3)
A la vez novelista, cuentista y ensayista, Antonio Ortuño (Zapopan, 1976) sin
lugar a dudas forma parte de las voces que cuentan, en medio de la abundante
creatividad de la literatura mexicana contemporánea. Autor de una obra
confirmada, sus publicaciones hasta la fecha abarcan ocho novelas (El buscador de
cabezas – 2006 -, Recursos humanos - 2007 -, Ánima - 2011 -, La fila india - 2013 -,
Méjico - 2015 -), tres de las cuales editadas bajo sellos de literatura infantil (El
rastro – 2016 -, Blackboy, publicada en 2015 bajo el seudónimo « A. del Val », El
ojo de vidrio – 2018 -), cuatro libros de cuentos (El jardín japonés - 2006 -, La
señora Rojo - 2010 -, Agua corriente - 2015 -, La vaga ambición - 2017 -) e
interviene con frecuencia en la prensa internacional (La Vanguardia, Lateral,
Clarín, Prodavinci, Librújula, Más por más, La Tempestad, Letras Libres, Etiqueta
Negra, La Tercera, Milenio, Proceso, etc). Ha sido galardonado en numerosas
ocasiones, con distinciones que le reconocen el mismo talento y dominio en los
diversos géneros literarios a los que se entrega, trátese del Premio de Narrativa
Breve Ribera del Duero en 2017 y del Premio Bellas Artes de Cuento
Hispanoamericano Nellie Campobello en 2018 para su libro de cuentos La vaga
ambición, de su presencia en la selección final del Premio Herralde con su novela
Recursos humanos, en 2007, o aún del Premio de literatura infantil de la Fundación
Cuatrogatos, de Miami, recibido por su novela El rastro. Asimismo, es el único
autor mexicano en aparecer en la prestigiosa lista establecida por la revista Granta
de los mejores escritores en lengua española para el año 2011.
Si su nombre suele asociarse con la “Generación Inexistente”, apelación
acuñada por la crítica para agrupar a varios escritores mexicanos nacidos en los
setenta, como Heriberto Yépez, Alberto Chimal, Guadalupe Nettel, Yuri Herrera o
Emiliano Monge, Antonio Ortuño rechaza dicha etiqueta y reivindica más bien una
filiación que él mismo describe como la de los “satíricos sociales, si tal cosa existe.
Piens[a] en una línea imposible con Brecht, Amis, Céline, Waugh. Y sería la de
Ibargüengoitia; el humor negro social” (Antonio Ortuño, 2018). Así, el humor negro
y, de manera más abarcadora, una marcada propensión a la irreverencia
caracterizan su obra, cual si fuera un hilo conductor que llevara a ver, en este
conjunto heterogéneo de novelas, cuentos y crónicas, una radiografía de la
sociedad mexicana contemporánea. Las nociones de archivos y de arqueología nos
parecen adecuadas para indagar en las especificidades de la dinámica “ortuñana”,
basada en una voluntad meticulosa de exhumar verdades y de formular
constataciones sobre el México contemporáneo que, a falta de ser fáciles de oír,
especialmente para un lector mexicano, no dejan de ser necesarias. Partimos de
los conceptos de archivo y arqueología tales como los definió Foucault, para quien
no podrían asimilarse a una especie de empresa de excavación que consistiera en
“rascar la tierra para encontrar algo como unas osamentas del pasado, un
monumento a los caídos, unas ruinas inertes a las cuales costosa e
improvisadamente se habría de volver a dar vida y fecha” (Michel Foucault, 1969,
la traducción es nuestra). Al contrario, el proceso arqueológico tendría como
objetivo el “hacer visible lo que precisamente es visible, es decir hacer que
aparezca lo que está tan cerca, lo que es tan inmediato, lo que está tan
íntimamente relacionado con nosotros mismos que por eso no lo percibimos”, para
captar “aquel invisible de lo demasiado visible, aquel distanciamiento de lo que es
demasiado cercano, aquella familiaridad desconocida” (Foucault 1968, la
traducción es nuestra). Sondeando el tiempo presente, en un ámbito mayor aunque
no exclusivamente mexicano (en Méjico, por ejemplo), Ortuño actualiza el
proceder arqueológico y reafirma la importancia de la contemporaneidad como
fuente primera de interrogación, coincidiendo en ello con el arqueólogo Laurent
Julien, quien escribe en Le sombre abîme du temps (“el oscuro abismo del
tiempo”): “Nuestro tiempo, el tiempo de la historia, ya es aquí y ahora; dicho de
otra manera el presente: el sitio fundamental de la arqueología” (Laurent Julien,
2008, la traducción es nuestra).
Las pistas que quisiéramos explorar en este coloquio podrían así llevarnos a
considerar que, en su práctica literaria, Ortuño considera el texto como un contraarchivo,
es decir como una producción que entre en contradicción con el archivo
“consagrado” que, en su referencia al poder y a la autoridad, junta los distintos
enunciados de un mismo planteamiento, inseparables de una memoria y de unas
instituciones que les confieren su estatus de autoridad. El autor opina de hecho
que “la literatura sirve para cuestionar el lenguaje del poder que se acoraza todos
los días para pasar como verdad incuestionable” (Ortuño, 2014). Cuestionar aquella
“verdad” que no suele cuestionarse consistirá para Ortuño, entre otras cosas, en
desmontar los discursos oficiales o en poner en tela de juicio ciertas
representaciones tradicionales, por ejemplo en La fila india o Méjico. Tal como
escribía Foucault en La arqueología del saber, “el umbral de existencia [del
archivo] se halla instaurado por el corte que nos separa de los que no podemos ya
decir, y de lo que cae fuera de nuestra práctica discursiva” (Foucault, 1970 [1969]).
En el caso de las dos novelas mencionadas, lo “indecible” que el autor opta por
expresar tiene que ver con el trato reservado al Otro, cuando surge en territorio
mexicano. Ambos textos sacan a la luz el racismo que rige las relaciones de una
franja de la población mexicana con los grupos de migrantes que atraviesan
actualmente el país o lo intentaron en el pasado, sin por ello pasar por alto la
responsabilidad de la institución, directamente acusada de las sevicias infligidas a
los migrantes. Asimismo, cuestionar las relaciones humanas, en el contexto de la
contemporaneidad mexicana, puede resultar en una exploración de los juegos de
poder que aparecen en un marco laboral (Recursos humanos, Ánima), o aún en la
representación poco complaciente del ámbito literario (La vaga ambición) y
periodístico (El buscador de cabezas). Esta novela, bajo forma de una fábula
política, reitera por otra parte, como lo hará posteriormente La fila india, que, en
palabras de Bertrand Müller: “el imperativo de archivar no sólo es el de las
víctimas y de los excluidos para quienes se impone un deber de archivo, también es
el de consignar, por la palabra, el gesto y los mecanismos de la opresión, del terror
y de la aniquilación. Es un horizonte por el momento infranqueable de nuestro
presente” (Bertrand Müller, 2011, la traducción es nuestra).
Entonces, ¿cuáles son los objetivos que persigue el autor, nuevo memorialista
de su tiempo (Müller, 2011)? ¿Darles rienda suelta a la rabia y a la desesperación
que suscita la realidad mexicana contemporánea? ¿Sondear México y sus
habitantes, por medio de un proceso que se distanciaría del rechazo que
manifestaron los escritores del Crack con respecto a toda exploración de la
“esencia” mexicana? ¿O, como lo escribía Foucault acerca de la arqueología,
elaborar “una máquina crítica que pone en cuestión ciertas relaciones de poder y
tiene, o al menos debería tener, una función liberadora. […] no porque transcriba o
suministre un modelo de lo que pasó, sino porque el modelo que efectivamente da
es tal que permite que nos liberemos del pasado” (Foucault, 1969)?
La lengua oficial del coloquio será el español.