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Doctorant
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INSTITUT DE RECHERCHE INTERSITE ÉTUDES CULTURELLES- MONTPELLIER
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Titre de la thèse

Cinémas de la patience. Une écologie de la perception cinématographique (Reygadas, Alonso, Serra)

Sous la direction de Karim Benmiloud (Études hispano-américaines) et d'Alice Leroy (Études cinématographiques)

Résumé

Constatant l'accélération généralisée du régime des images dans la société contemporaine en général et au cinéma en particulier, ce travail cherche à interroger le paradoxe d'une “attention passive”, qui semble être le mode de perception privilégié de la spectateur·ice contemporain·e : c'est là son point de départ.

Pour cela, cette thèse étudie en détail la filmographie de Carlos Reygadas (Mexico, 1971), figure montante du cinéma d'auteur mexicain contemporain encore très peu étudiée en France, dont l'esthétique se présente comme un contre-pied radical à cette logique visuelle et attentionnelle du déferlement. Conjointement, elle se concentre sur l'œuvre du cinéaste catalan Albert Serra (Banyoles, 1975) et sur celle du réalisateur argentin Lisandro Alonso (Buenos Aires, 1975) : ces filmographies contemporaines les unes des autres, par leur traitement réaliste du temps et par l'économie d'action qui préside à leur composition, ont pour point commun de solliciter la patience de la spectateur·ice sur le mode d'un décentrement et d'un réajustement systématique des attentes et de la perception.

Afin de tenter de trouver des solutions, dans le champ esthétique et plus particulièrement cinématographique, au problème de la viabilité des pratiques humaines au sein d'un paradigme surdéterminé par l'urgence écologique et la déliquescence des milieux de vie, le projet de ce travail est de donner forme et consistance au concept de patience. Cela demandera d'y injecter la tension entre action et passion qui modèle effectivement notre rapport au réel contemporain, tiraillé entre la recherche de gestes d'enrayement des “catastrophes” et l'assignation à une irréductible posture d'attente. Corrélativement, cela suppose de reconsidérer les sens communs donnés à la notion de "patience", qui tendent à l'assimiler à une aptitude à l'endurance et à la résignation et font d'elle une vertu sotériologique individuelle. Le souci de « réaliser » (au sens de rendre plus réaliste et partant plus opératoire) la pratique de la patience, en l'envisageant comme une posture ferme et souple de recherche continue d'adéquation au réel et aux milieux dans lesquels nous sommes pris·es, faite de suspension des schèmes cognitifs et sensoriels appris et de mise en disponibilité attentionnelle, répond à celui de faire de cette posture, représentative du funambulisme existentiel qui est le mode sur lequel nous sommes forcé·e·s d'avancer, une puissance certes contrainte, mais praticable.

Tout l'enjeu sera de dégager et d'analyser, dans chacune des filmographies parcourues, les dispositifs de production, de prise de vue et de son, de montage et de composition rendant possibles les pratiques cognitives et sensorielles qui apparaîtront comme des modes attentionnels viables et vivables, c'est-à-dire capables de situer effectivement et durablement qui les pratique dans un milieu vital, en « [créant] avec d'autres des rapports qui ne visent pas la capture » (Stengers). En élaborant pas à pas le concept de patience au contact direct des cinémas étudiés, ce travail propose ainsi d'envisager la pratique de la patience cinématographique – en tant que démobilisation rythmique, libération attentionnelle et mise en œuvre d'un régime sensoriel de l'événement, comme un exercice perceptif de situation éthique et politique au sein du paradigme écologique contemporain.

Il s'agit donc de faire de la patience un concept pleinement cinématographique apte à rendre compte de pratiques attentionnelles qui, diversifiées et approfondies, peuvent participer à négocier un rapport humain viable au monde. Si ce sont des films que nous fouillons à la recherche de ces pratiques, c'est que nous parions sur l'hypothèse selon laquelle le cinéma, en tant qu'art du temps, des sens et des points de vue, peut être le lieu privilégié pour l'expérimentation de ces politiques situatives de la patience, qui ne sont autre qu'une écologie de la perception dont le cinéma pourrait être le laboratoire.

Publications

Ouvrage

Cinésthésie. Le cinéma des sens de Carlos Reygadas, Milan, Mimésis, 2020, 362 p.

Articles dans des revues à comité de lecture

« Actuar como primitivo, prever como estratega. Reivindicación de una violencia estratégica: la fuga como arma en la ultra-izquierda francesa contemporánea », Revue Fractal, n° 80, Mexico, septembre 2016 [lire en ligne].

« L’urbanité barbare. Ville, désert et féminicides dans l’œuvre de Roberto Bolaño », Revue CECIL, n° 6, Montpellier, janvier 2020 [lire en ligne].